L’IMPORTANCE DU BONHEUR AU BOULOT : LA SANTÉ MENTALE EN MILIEU DE TRAVAIL

Du 6 au 12 mai se déroule la Semaine nationale de la santé mentale. Chez Metalogique, le sujet nous tient vraiment à cœur. Voilà pourquoi nous vous partageons ici un résumé d’une discussion passionnante et passionnée que nous avons eu avec Marie-Ève Champagne, spécialiste santé, sécurité et mieux-être chez Nucléi RH Conseils et autrice de nombreux articles et billets de blogue sur la question.

Dans ce texte, vous découvrirez que :

– Le pourcentage de travailleurs québécois présentant un niveau de détresse psychologique est encore beaucoup trop élevé

– Les problèmes de santé mentale en milieu de travail grugent pas mal des profits des entreprises

– La dépression est dans le peloton de tête des causes d’invalidité partout dans le monde

– C’est bien beau le yoga sur l’heure du midi, mais on doit faire plus

– Il existe des solutions peu coûteuses, exemples à l’appui

Interview

Bonjour Marie-Ève! Vous détaillez plusieurs statistiques dans votre article 15 faits sur la santé mentale au travail. Afin de bien camper le contexte, pouvez-vous nous en rappeler quelques-unes?

Ce sont en effet des chiffres qui parlent et qui inquiètent. Ils proviennent d’études solides, preuve qu’on se penche de plus en plus sur la question, mais il faut continuer d’en parler davantage, justement pour faire bouger ces chiffres, positivement.

On dit par exemple qu’au Canada, parmi les maladies chroniques, les problèmes de santé mentale constituent la première cause des absences au travail.

Que 18 % des travailleurs québécois présentent un niveau élevé de détresse psychologique.

Que seulement 42 % des travailleurs présentant des symptômes dépressifs se sont absentés en raison de ce problème.

Ou encore qu’à la grandeur du Canada, les problèmes de santé mentale en milieu de travail coûtent aux entreprises presque 14 % de leurs profits annuels.

Quelles sont les raisons pour lesquelles il reste tant de chemin à faire?

Je pense que c’est d’abord une question de sensibilisation. Il y a encore énormément de tabous, mais aussi simplement de méconnaissance autour de la santé mentale, surtout dans le contexte professionnel. Par exemple, il est établi qu’il est du devoir de l’entreprise de fournir à ses employés un milieu de travail sain et sécuritaire, mais les organisations ont encore tendance à déléguer à chaque employé l’entière responsabilité de sa santé mentale, comme si elles n’avaient aucun rôle à y jouer. Alors qu’on sait qu’il y a plusieurs mesures qu’une entreprise peut mettre en place pour favoriser un climat favorable à la santé mentale de ses employés.

Par exemple?

Comme pour n’importe quelle blessure ou maladie physique, la clé, c’est toujours la prévention. Mais pour instaurer une culture de prévention, il doit d’abord y avoir un travail d’introspection de la part de la direction, une volonté de transparence. On doit ouvrir la communication, installer un climat de confiance et de sécurité psychologique. Il faut se demander par exemple si nos employés se sentent à l’aise de parler de ce qui ne va pas : est-ce qu’ils hésitent à dénoncer le harcèlement, un conflit ou une charge de travail trop lourde? Est-ce que les mécanismes pour le faire sont facilités? Est-ce que la discussion est encouragée?

On sait aussi que la santé mentale des employés dépend de celle des gestionnaires; il faut donc outiller nos dirigeants. Ils peuvent avoir accès à des formations sur la gestion du stress ou des conflits, la rétroaction, le leadership… Il faut bien chausser le cordonnier!

Des mesures de reconnaissance et de valorisation, tant des résultats que des efforts, constituent également une pierre angulaire d’un milieu plus sain.

Est-ce davantage une question de culture d’entreprise et de sensibilisation que de mesures coûteuses?

Oui, c’est vrai. Les études démontrent que la majorité des actions coûtent moins de 500 $ chacune à implanter. Par contre, ce qui empêche d’améliorer un climat toxique ou de revoir les charges de travail relève rarement de questions financières, mais très majoritairement d’un manque de connaissances, de volonté, d’introspection, d’énergie et de temps.

D’ici 2020, la deuxième cause d’invalidité à travers le monde sera la dépression, selon l’Organisation mondiale de la santé. Ce n’est pas dans 20 ans : c’est maintenant! Il faudrait agir (ou réagir), non? C’est prouvé qu’en matière de santé psychologique au travail, les démarches organisationnelles structurées donnent plus de résultats que les initiatives personnelles.

Alors, favorisons le yoga, bien sûr, mais n’oublions pas l’ouverture et la discussion!